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aux non-dits, à la maternité, au poids du passé…

© Ben Gold

Par Eric Bulliard

Depuis Quand tu es parti, son premier roman paru en 2000 (que Belfond vient de rééditer), Maggie O’Farrell a régulièrement exploré les thèmes de la fuite, de la famille et de ses drôles de liens. Avec un sens de la construction et une manière de fouiller les sentiments qui atteignent des sommets dans Assez de bleu dans le ciel, son vertigineux septième livre.

Née en 1972 en Irlande du Nord, aujourd’hui installée en Ecosse, Maggie O’Farrell situe le début du roman dans son pays natal. Dans le Donegal, plus précisément. Ou plutôt dans une propriété perdue au fond d’une vallée au fond du Donegal. Loin, très loin de tout. Daniel Sullivan vit là, avec son épouse Claudette et leurs enfants.

«Ma femme – je dois vous le dire –, ma femme est folle», explique le narrateur dès les premières pages. Très vite, le lecteur comprend que Claudette est une ancienne actrice, mondialement célèbre, qui s’est réfugiée ici incognito. On découvrira aussi comment lui, linguiste américain, a fini à ses côtés. Et bien d’autres choses encore.

Leur vie de famille tranquille bascule alors que Daniel Sullivan part pour une semaine aux Etats-Unis, pour l’anniversaire de son père, qu’il n’a pas revu depuis des années. Dans la voiture, à la radio, il entend une ancienne interview de son premier amour et apprend que cette femme perdue de vue est morte peu après cet enregistrement. Peut-être en a-t-il été responsable, à l’époque. Il n’en a jamais rien su, mais une force le pousse à affronter enfin la vérité.

Etonnant puzzle
Sur cette base, Maggie O’Farrell tisse un roman d’une épatante subtilité. Elle dévoile peu à peu le passé de ses personnages, en croisant les époques et les lieux, de 1946 à 2016 (mais principalement entre les années 1990 et 2010), de l’Irlande à l’Altiplano de Bolivie, en passant par New York, la Chine, l’Inde, la Suède… Elle change les points de vue et construit pièce par pièce un étonnant puzzle. Avec, toujours, cette façon si personnelle de toucher au plus profond, d’émouvoir sans pathos.

La force d’«Assez de bleu dans le ciel», c’est aussi de mêler la pure mécanique du roman à une profonde humanité.

Il faut donc lui faire confiance et accepter de la suivre dans ce déroutant et fascinant voyage. Parfois, on a l’impression de se perdre, mais l’auteure d’En cas de forte chaleur se montre suffisamment habile pour, à chaque fois, nous tendre la main et nous guider là où elle l’entend.

La force d’Assez de bleu dans le ciel, c’est aussi de mêler la pure mécanique du roman à une profonde humanité. A mesure que l’histoire se construit, le livre décortique le mariage et ses difficultés. Mais il s’intéresse aussi aux remords, au poids du passé, aux non-dits familiaux, à la maternité, au poids de la célébrité, à l’alcoolisme, à la perte, aux liens parents-enfants, aux occasions manquées, aux amours entrevues…

En quête et en fuite
Ces personnages complexes, si vivants, ne paraissent jamais satisfaits. Tous se trouvent en quête ou en fuite. Daniel a abandonné sa famille, Claudette son métier, son public et le star-system. Cette intranquillité, leurs enfants la vivent aussi à leur manière, par les souffrances de l’eczéma ou du bégaiement.

Toutes ces vies entremêlées avancent dans l’instabilité et la recherche perpétuelle d’un apaisement, d’un endroit où 
se poser, comme l’indique le titre original, This must be the place. Le français, lui, fait référence au père de Claudette, lui assurant que quels que soient les orages, il reste assez de bleu dans le ciel. Il le répétait avec une expression dont elle ne se souvient plus de la fin: «Claudette le revoit dans la voiture, pointant le pare-brise du doigt en disant, Regarde, il y a assez de bleu dans le ciel pour faire un… quelque chose. Mais quoi?»


Maggie O’Farrell,
Assez de bleu dans le ciel, Belfond, 504 pages