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Raphaël: comme une clarté dans les jours sombres

Avec Anticyclone, Raphaël sort un huitième album à la fois raffiné, direct et puissant. Entretien avec un auteur-compositeur-interprète qui a fait du chemin depuis 
le triomphe de Caravane.

Par Eric Bulliard
Ce printemps, L’année la plus chaude de tous les temps – magnifique single tout en simplicité et en puissance – annonçait la sortie du huitième album de Raphaël. Douze ans après le succès de Caravane, ce riche et intrigant Anticyclone se place parmi les sommets de son aventureuse discographie, en alternant chansons de haut vol (Paris est une fête, La lune, Quel genre d’ami ferait ça…) et morceaux plus anecdotiques (Cet amour). Entretien avec un auteur-compositeur-interprète devenu également écrivain: son recueil Retourner à la mer (Gallimard) a reçu en mai le Goncourt de la nouvelle.

Comment vous sentez-vous à la veille 
de la sortie d’Anticyclone?
Fébrile… Parce que tout se joue vite: en deux ou trois semaines, on sait comment le disque sera reçu. J’ai fait ce que je pouvais, avec sincérité, et maintenant il appartient aux gens. J’espère qu’il saura leur apporter de la joie, ou de la consolation, ou de l’amusement. On a toujours l’espoir que ça résonne. Tous mes disques ont résonné, plus ou moins, et s’il y en a un qui marche moins, on va l’aimer pour d’autres raisons: on se dit que les gens l’écouteront encore dans trente ans… C’est la consolation du mec qui se prend un bide et qui se dit que Van Gogh est mort dans la misère!

Anticyclone paraît très différent de Somnambules (2015), qui lui-même était très différent de Super-Welter (2012): avez-vous, à l’origine de chaque disque, la volonté de prendre un virage?
J’essaie de me renouveler et de me surprendre moi-même. Sinon j’ai peur de m’ennuyer. Ça ne veut pas dire que je vais faire un disque de reggae la prochaine fois, mais j’ai le désir de me réinventer, de me multiplier. La question s’est posée après Caravane: pour celui d’après, j’ai fait un peu le même disque et ça m’a rendu malheureux. Il a moins bien marché, forcément, et en plus je me suis trouvé pas très courageux.

Dans ce changement, 
quel rôle a joué Gaëtan Roussel 
(de Louise Attaque), coréalisateur du disque?
Il a été très important pour la réalisation du disque, mais les chansons ont été écrites avant. Sans lui, je pense que j’aurais été dans quelque chose de beaucoup plus «indé», je me serais camouflé. Il a apporté cette clarté, cette simplicité, cette puissance. Il a beaucoup contribué au fait que le son soit impressionnant. Je n’aurais pas été capable de faire ça. Gaëtan est un des auteurs-compositeurs que je préfère, en France. Il essaie de servir les chansons au mieux, sans jamais perdre de vue leur cœur.

Ce mélange de raffinement 
et de simplicité, est-ce un idéal 
artistique que vous cherchez?
Oui, je crois que c’est une ligne de crête sur laquelle on essaie de se balader, Gaëtan, moi et beaucoup d’autres: faire des choses à la fois élégantes et simples, qui puissent plaire à tout le monde. Une chanson doit aussi parler à des gosses. La manière dont elle entre dans le cœur des gens est assez universelle. Mais il faut le faire sans démagogie, refuser des choses dont on pense qu’elles vont plaire aux autres, mais qui, à nous, ne nous plaisent pas.

Comment le titre, Anticyclone, 
s’est-il imposé?
Je cherchais un titre pour l’album quand mon directeur artistique, 
Philippe Gandilhon, m’a envoyé un texto en me demandant: «Est-ce que Anticyclone ne serait pas bien?» Je lui ai répondu: «C’est vraiment nul, essaie de le refiler à quelqu’un d’autre!» Et le lendemain, je le rappelais en disant: «C’est vachement bien comme titre!»
Anticyclone vient d’une phrase de la première chanson de l’album. Il y a l’idée des hautes pressions que l’on se crée dans la tête, une manière de lutter contre les jours sombres, en se créant de la clarté, de la douceur. Je trouve que ça reflète bien ce disque.

Une chanson reprend en titre celui de votre livre de nouvelles, Retourner à la mer: quel lien faites-vous entre ces deux activités?
Les deux sont très différentes, ce n’est pas la même inspiration. Mais le lien, c’est qu’il y a quelque chose d’épuré, d’ascétique dans mon livre que j’ai essayé d’appliquer à ce disque. Ne pas produire un effet à tout prix, mais raconter les choses simplement.

J’aime bien qu’un artiste raconte le monde qu’il vit, c’est ce qui valide tout. A quoi bon écrire, alors que Tchekhov ou Kafka ont écrit? La seule raison, c’est que je peux raconter le monde que je vois et eux ne peuvent plus…

Votre voix semble aussi évoluer, 
on y ressent davantage de tension, 
de présence, moins de nonchalance: était-ce un travail spécifique?
C’est le disque où j’ai le moins réfléchi, le moins travaillé la voix… J’ai fait deux prises par chanson, trois au maximum. Mais je pense que j’ai progressé en chant. J’étais comme ces acteurs qui veulent se débarrasser de leur texte, alors que maintenant j’ai un vrai plaisir à chanter. Peut-être aussi que j’ai appris à écrire des mélodies plus intéressantes pour ma voix. J’adore la mélodie. On a de la chance de pouvoir encore faire de la chanson en français, dans un monde qui ne s’y intéresse pas tant que ça. Et ce qui la porte, c’est la mélodie.

L’année la plus chaude de tous les temps parle en filigrane de réchauffement climatique, Paris est une fête évoque les attentats: la chanson 
ou l’art en général se doivent-ils 
de refléter leur époque?
C’est une question que je me pose souvent. Dans L’année la plus chaude de tous les temps, je voulais surtout parler d’un dérèglement interne, d’un type dans un état d’abandon. Mais, en sous-texte, la chanson parle aussi de dérèglement climatique. Paris est une fête est inspiré d’un texte de Boris Vian et je n’ai pas du tout pensé aux attentats en l’écrivant. Mais comme tout le monde me l’a dit, je me suis rendu compte que, en fait, la chanson en parlait. Pour moi, le sens premier, c’est «sors, va aux terrasses des cafés, perds- toi dans la ville, enivre-toi, vis, c’est maintenant».
J’aime bien qu’un artiste raconte le monde qu’il vit, c’est ce qui valide tout. A quoi bon écrire, alors que Tchekhov ou Kafka ont écrit? La seule raison, c’est que je peux raconter le monde que je vois et eux ne peuvent plus… En même temps, la chanson réaliste, politique, engagée n’est pas mon truc. Je déteste quand on nous explique ce qu’il faut penser.

Pour la première fois, vous chantez en duo avec votre compagne Mélanie Thierry…
C’était une chanson sur l’intimité du couple et je me voyais pas trop la chanter avec quelqu’un d’autre. Je trouvais ça plus émouvant, plus intéressant. Elle n’avait pas trop envie de chanter, j’ai dû la convaincre, mais maintenant elle est contente.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur la période de Caravane 
et son énorme succès?
C’était chouette! C’est bien d’avoir connu un gros succès populaire. Il y a beaucoup de beaux chanteurs à qui ce n’est pas arrivé. Je ne serais pas contre le connaître à nouveau, mais je ne le poursuis pas spécialement non plus. Ça m’a donné beaucoup de liberté et c’est formidable d’avoir des chansons dans le cœur des gens. Peut-être que je n’en ai pas assez profité… Mais, depuis, il me semble que j’ai fait plutôt des beaux disques.

A un moment donné, vous avez eu un public composé essentiellement de jeunes filles: est-ce que vous vous êtes dits qu’il y avait un malentendu, que ce n’était pas lui que vous visiez?
Non, parce que je ne vise aucun public. Je sais ce que c’est qu’une chanson, je sais que c’est très volatile. Ceux qui l’entendent à la radio et qui  viennent vous voir ensuite sont souvent des jeunes gens. Je ne crois pas qu’il y ait eu de malentendu. Il y a plusieurs publics en même temps: un public qui est là pour les tubes, qui va chaque année voir celui qui a fait des tubes. Il y a un public qui aime profondément la chanson française, un autre qui aime les trucs bizarres… Quand vous avez un très gros succès populaire, vous ne vous reconnaissez pas dans tout le monde, mais ça n’a pas d’importance. C’est même ça qui est super.

Avec ce genre de succès arrivent les jalousies: certains ont pu être agacés, aussi…
Oui, c’est normal, je le comprends. Quand on voit tout le temps votre tête à la télé, ça renvoie de vous une image un peu lissé. Vous êtes toujours maquillé sur les plateaux à tenir des propos consensuels… J’ai dû souffrir de ce truc-là à un moment donné, mais je ne me suis pas trop posé la question. Peut-être que j’ai fait des disques un peu compliqués pour casser cette image, mais ce n’était pas conscient, je ne me suis pas dit: «Tiens, il faut que je casse cette image.» Ça m’allait très bien, les gens pensent ce qu’ils veulent et il faut laisser le temps opérer, pour voir les chansons qui restent.
Raphaël, Anticyclone, Columbia / Sony Music