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Jonathan Coe, l’irrésistible satiriste

Vingt ans après Testament à l’anglaise, Jonathan Coe renoue avec la veine satirique qui lui sied si bien: Numéro 11, son dernier roman, trace un portrait drôle et acerbe d’une époque devenue folle.

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© C. Hélie – Gallimard

Par Eric Bulliard

Les lecteurs francophones l’ont découvert en 1996 avec Testament à l’anglaise. Jonathan Coe se révélait brillant satiriste, hilarant pourfendeur de l’Angleterre des années Thatcher, qu’incarnait la richissime famille Winshaw. Vingt ans plus tard, certains de ses descendants font de discrètes apparitions dans Numéro 11, sous-titré Quelques contes sur la folie des temps. Où l’écrivain anglais se montre toujours aussi drôle face à la désespérante évolution de la société.

Entre-temps, Jonathan Coe a démontré tout son art de la construction virtuose (La maison du sommeil, prix Médicis étranger 1998), a fait preuve d’une émouvante gravité (La pluie, avant qu’elle tombe) et d’un humour tendre (La vie très privée de Mr. Sim). Avec ce Numéro 11, il retrouve la veine satirique, qui avait aussi fait le succès du diptyque Bienvenue au club – Le cercle fermé.coe

Difficile de résumer cet étrange et savoureux roman, le onzième de Jonathan Coe qui l’a justement construit autour du nombre 11. Au début, c’est le numéro de la maison où la petite Rachel et son amie Alison rencontrent la Folle à l’oiseau, artiste peintre gothique qui semble abriter chez elle un fantôme. Le 11, ce sera ensuite le numéro du bus où Val Doubleday, la mère d’Alison, va réchauffer sa mélancolie. Cette ancienne chanteuse, oubliée après un unique succès, se bat pour conserver son travail et se voit offrir une nouvelle chance à travers une émission de téléréalité.

Plus tard, un humoriste échappera à la mort à une réception officielle où il occupe la table 11. Et Rachel, jeune adulte, se retrouvera confrontée à d’étranges phénomènes quand, sous la maison des richissimes Londoniens qui l’emploient, des travaux d’agrandissement touchent au onzième niveau souterrain…

La colère élégante
Au fil de plus de 440 pages qui se dévorent avec délectation, il est aussi question de passage à l’âge adulte, d’homosexualité, d’art contemporain, d’arachnophobie, de l’omniprésence des comiques ricanants, d’une visite à Lausanne et à sa Collection de l’art brut. Ou encore, dans un chapitre fort émouvant, de l’obsession pour un film inconnu passé une seule fois à la télévision.

L’art du roman se révèle bien plus efficace que tout discours pour dézinguer la téléréalité, ses mensonges, ses manipulations

Tout cela pourrait paraître bien confus, s’il n’y avait le savoir-faire de Jonathan Coe. Parce que, derrière une impression initiale d’éclatement, toutes les pièces de son roman se mettent peu à peu en place et la toile se tisse à travers un jeu d’échos, de renvois, de reprises. Avec une épatante habileté, Numéro 11 mêle satire rageuse et construction au cordeau, humour ravageur, réflexion intelligente et pure jubilation de lecture.

Malin, le romancier évite en outre les tentations didactiques ou moralistes. Il a la colère élégante et la prose limpide, la critique acerbe et le regard affûté. S’il a des messages à faire passer, s’il fustige notre époque devenue folle, c’est à travers la littérature et son inventivité sans limite.coe-original

Téléréalité et Snapchat
L’art du roman se révèle bien plus efficace que tout discours pour dézinguer la téléréalité, ses mensonges, ses manipulations. Pour égratigner les réseaux sociaux, Snapchat et leurs dérives. Pour critiquer le système de santé, le pouvoir infini de l’argent, les éditorialistes qui répandent leur haine sous couvert de refus de la pensée unique, la perte d’influence de la culture, la fermeture des bibliothèques…

Il faut donc lui faire confiance et se laisser entraîner dans ce roman sinueux. Même si l’on hésite à le suivre quand, vers la fin du livre, il flirte avec le fantastique. Aucune inquiétude: ce diable d’écrivain sait exactement où il nous emmène et ne nous lâchera pas la main.

Jonathan Coe, Numéro 11. Quelques contes sur la folie des temps, Gallimard, 450 pages