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En dehors de toutes les modes

A quelques semaines d’entamer une tournée mondiale des stades (notamment à Zurich le 18 juin), Depeche Mode vient de publier un excellent quatorzième album intitulé Spirit. Tour d’horizon en sept points.

par Christophe Dutoit

le nouvel album
Depuis bientôt vingt-cinq ans, Depeche Mode publie un disque tous les quatre ans. La sortie vendredi de Spirit – matricule N°14 dans l’histoire du groupe – ne déroge pas à ce rythme métronomique. Malgré le titre du premier single Where’s the revolution, le trio anglais ne chamboule pas ses habitudes. D’un côté, il balance une poignée d’hymnes synthpop hyperefficaces et reconnaissables dès les dix premières secondes. A l’image de So much love et son beat répétitif, ses sonorités bizarroïdes, ses mélodies radieuses et la voix si caractéristique de Dave Gahan, toujours aussi envoûtante. Ou No more (this is the last time), un tube en puissance qui gagnera en ampleur sur scène.

De l’autre, le groupe distille – comme il est de tradition – des titres beaucoup plus introvertis, tel Cover me et sa lente progression mélodique. Ou The worst crime, charmante ballade à écouter en bout de nuit. Bref: rien de nouveau sous le soleil. Mais qu’est-ce que ce soleil-là est irradiant!

la politique
Installés de longue date à New York et en Californie, Dave Gahan et Martin L. Gore répercutent dans leurs textes l’atmosphère anxiogène qui règne depuis quelques mois aux Etats-Unis. Sans doute pour la première fois, leur prise de position politique est explicite: «Who’s making your decisions/You or your religion/Your government, your countries/You patriotic junkies» (Qui prend vos décisions/Vous ou votre religion/Votre gouvernement, vos pays/Vous les junkies patriotiques), chante Dave Gahan dans Where’s the revolution. Dans de récentes interviews, le chanteur dénonce l’attitude du président américain: «Dans ce pays, on nous incite à avoir peur des musulmans. C’est tellement ridicule et déprimant. Je suis conscient de n’être qu’un entertainer, mais je suis heureux et reconnaissant de pouvoir exprimer ce genre de choses en musique» (extrait d’une excellente interview dans Les Inrocks).

la réinvention
En groupe depuis bientôt trente-sept ans (!), les membres de Depeche Mode ont désormais appris à gérer leurs dissensions internes. Longtemps réservée à l’unique Martin L. Gore, l’écriture des chansons est désormais clairement partagée, comme au sein des Beatles à l’époque de l’album blanc. De ses collaborations, notamment avec Soulsavers, Gahan a appris à s’entourer de musiciens chevronnés, capables de sublimer ses esquisses. A l’image de Christian Eigner, requin de studio plutôt inspiré et batteur pour les tournées du groupe.

De son côté, Martin L. Gore continue de fournir l’essentiel de la créativité du groupe, poussé dans ses retranchements par le producteur James Ford (Arctic Monkeys ou Simian Mobile Disco). Et, comme à son habitude, il chante lui-même plusieurs titres (Eternal ou le sublime Fail), toujours avec cette nonchalance et cette noirceur qui traversent son œuvre depuis l’insurpassable Somebody, en 1984.

la carrière
Que de chemin parcouru depuis la pop Bontempi de Depeche Mode au tout début des années 1980. En moins de dix ans, les Anglais sont parvenus à se défaire de leur image de «minets de salon» (il faut revoir leur passage à Cocoricocoboy, sur TF1 en 1986), pour devenir  l’un des rares groupes à remplir des stades, avec U2, Metallica, AC/DC ou Bruce Springsteen.

Sans compromission, les Anglais ont inventé une musique de leur temps, en dehors des modes (sans jeu de mots) et qui aborde de manière parfois faussement sautillante des thématiques profondes, comme la culpabilité, la rédemption, la douleur, la religion, le sexe.

la communauté
Depuis ses débuts, Depeche Mode a vendu plus de 100 millions de disques (et ce n’est pas fini). Surtout, le groupe fait l’objet d’un culte particulier d’une communauté de fans fidèles et solidaires. «Notre musique touche des gens très divers, des jeunes, des vieux, des Blancs, des Noirs, des riches, des pauvres, qui se retrouvent ensemble à nos concerts. Nous sommes davantage dans un esprit de rassemblement que de division», a récemment dit Dave Gahan. Un peu partout dans le monde, des clubs organisent très régulièrement des parties DM. A l’image de l’X-Tra de Zurich et de ses fameuses soirées More than Mode tous les mercredis soir. Un must.

la scène
Depeche Mode l’a encore prouvé mardi soir, le temps d’un concert en direct dans l’émission Quotidien, de Yann Barthès, sur TMC: le groupe n’est jamais aussi captivant que sur scène, que ce soit dans des petits clubs (c’est rare) ou des stades devant 80000 spectateurs. Durant ces grand-messes hypnotiques, le public entre en transe avec les musiciens, dans un show où les vidéos se taillent une part prépondérante depuis bientôt trente ans. Surtout, Dave Gahan est sans doute l’un des rares chanteurs (avec Spring­steen ou Bono) à être capable de tenir un stade à bout de bras et de faire en sorte que chaque spectateur croie qu’il l’a regardé droit dans les yeux.

l’héritage
Nourris au biberon de Kraftwerk (pour le rapport intime aux machines) et de David Bowie (pour la posture de Heroes ou de Rebel, rebel), les membres du groupe n’ont cessé d’inventer leur propre style: des mélodies imparables, des sonorités proto et postelectro, une esthétique de la marge magnifiée par leur photographe attitré Anton Corbijn.

Connu pour n’avoir enregistré que deux covers (Route 66 de Bobby Troup et Dirt des Stooges), Depeche Mode fait à l’inverse l’objet d’un nombre incalculable de reprises, de Tori Amos à Rammstein, de A-ha (hahaha!) à Marilyn Manson ou Johnny Cash (tous deux pour Personal Jesus). Sans compter le nombre de musiciens qui ont osé toucher à leur premier instrument électronique après avoir écouté People are people ou Master and servant

En 2017 encore plus qu’auparavant, Depeche Mode est devenu  un produit de consommation de masse (clin d’œil à Music for the masses, en 1987), une multinationale de la musique populaire. Bref, un grou­pe rassurant.

Est-ce une bonne chose? Cela est une autre question…

Depeche Mode, Spirit, Sony
Zurich, Letzigrund, le 18 juin, www.ticketcorner.ch